Racisme environnemental : l’autre visage des inégalités
En 2014, une étude de Lucie Laurian et Richard Funderburg révélait
qu’en France, pour chaque 1% d’immigrés supplémentaire dans une
ville, la probabilité d’y installer un incinérateur augmentait de 29%. Un chiffre curieux, non? C’est
l’un des nombreux exemples de ce qu’on appelle le « racisme environnemental ».
Un concept récent profondément discriminatoire
Ce terme désigne la discrimination qui expose de manière disproportionnée certaines communautés
souvent pauvres, racisées ou autochtones à la pollution, aux risques industriels et à la dégradation
de leur cadre de vie. Le concept est apparu dans les années 80’ aux États-Unis, par le biais du
mouvement pour la justice environnementale (Environmental Justice Movement).

Il est dit que le racisme environnemental est lié aux inégalités socio-économiques et au
colonialisme, car les populations défavorisées, qui ont moins de moyens pour se défendre (pas de
recours juridiques, peu de visibilité médiatique…), se voient imposer des installations polluantes
telles que des décharges, des autoroutes, des mines ou des usines dans des quartiers où elles sont
contraintes de vivre, faute de moyens.
Comme à l’époque coloniale, où les peuples autochtones étaient relégués sur des terres stériles ou
surexploitées, on continue aujourd’hui d’attribuer à ces communautés les zones les plus polluées,
dégradées ou « sans valeur », en sacrifiant leur santé et leur environnement.
Un phénomène universel aux lourdes conséquences:
Prenons l’exemple de la Nouvelle-Écosse, au Canada. Plusieurs rapports y ont été rédigés à propos
du racisme environnemental : les cas d’Africville, de Lincolnville ou encore de Boat Harbour
montrent que les communautés afro-descendantes et Mi’kmaw héritent des zones les plus
contaminées, souvent sans compensation ni réhabilitation.

Un autre exemple est la catastrophe de Bhopal, en Inde. En 1984 ce quartier pauvre, habité
majoritairement par des familles à faibles revenus, a été frappé par une fuite de gaz mortel
provenant d’une usine de pesticides américaine. et accident a fait des milliers de morts et des
centaines de milliers de blessés, et pourtant? Il n’y a pas eu de dédommagement, peu de nettoyage
et le site contaminé n’a jamais été totalement dépollué. Le site reste toxique, alors que des habitants
y vivent encore aujourd’hui. Cet abandon clair, révèle une une inégalité environnementale ou l’on
tolère des risques élevés selon l’origine ou le statut social.
De plus, le racisme environnemental ne se limite pas aux zones industrielles.
Il se manifeste aussi lors de catastrophes naturelles ou dans l’accès aux espaces verts et à un cadre
de vie sain.
Par exemple:
Après l’ouragan Katrina en 2005, les quartiers noirs de La Nouvelle-Orléans étaient les plus
touchés et pourtant les plus lentement reconstruits.
À Los Angeles, selon l’Université de Californie du Sud (USC, 2020), les quartiers blancs
bénéficient d’une couverture végétale 89% plus élevée que les quartiers noirs.
Les quartiers riches (souvent blancs) sont mieux dotés en parcs, arbres, zones ombragées, ce qui
améliore la qualité de l’air et réduit le stress thermique. À l’inverse, les quartiers pauvres
(souvent racisés) cumulent les infrastructures polluantes (routes, usines, trafic intense) et le
manque de nature.

Le racisme environnemental est encore trop méconnu, mais ce n’est pas un phénomène lointain ou
abstrait, c’est un enjeu concret qui touche aujourd’hui des millions de personnes. Quand on parle de
discriminations il ne s’agit pas seulement d’inégalités à l’école ou au travail: elles touchent aussi
notre droit à un environnement sain. Et bien plus encore.
L’équipe Divrsitee
